Le mercredi 21 mai 2003
Des jeunes privés volontairement de télé
Norman Delisle
Presse Canadienne
Québec
La grande majorité des enfants de l'école
primaire Aux Quatre-Vents, à Saint-Malachie (Bellechasse), ont
accepté de ne pas écouter la télévision pendant une période de 10
jours, du 23 avril au 2 mai.
«Ils ont vécu une prise de conscience. Ils ont pris
conscience qu'on peut vivre sans télé et sans vidéo, être plus
actif, plus imaginatif, plus créatif. La télévision est un
serviteur, pas un maître», a expliqué le directeur de l'école,
Claude Gignac, après avoir tracé pour la Presse Canadienne le bilan
de l'expérience.
Quelque 70 pour cent des enfants de l'école
primaire, qui compte 100 élèves, ont accepté de participer à
l'opération, qui avait été baptisée «le Défi de la dizaine sans
télé».
Plusieurs organismes de la petite municipalité de
Saint-Malachie avaient organisé des activités supplétives afin
d'inciter les jeunes à tenir leur engagement. Le Cercle local des
fermières avait convié les jeunes à une séance de fabrication de
biscuits, la société St-Pat's — il y a une forte minorité irlandaise
à Saint-Malachie — avait organisé une initiation à la danse
irlandaise, les Chevaliers de Colomb avaient préparé des jeux et du
bricolage, et des sports avaient été planifiés par la Maison des
jeunes. Un feu de camp et des pique-niques ont aussi été planifiés.
Selon le bilan tracé par les autorités de l'école, 1260
heures normalement consacrées à l'écoute de la télévision ont été
consacrées à d'autres activités pendant les 10 jours de l'opération.
L'expérience a suscité de l'intérêt aux alentours, de sorte
qu'une trentaine d'écoles, dont celles des municipalités voisines de
Saint-Damien et de Honfleur envisagent d'imiter l'opération
l'automne prochain. Le ministère de la Sécurité publique vient
d'ailleurs de débloquer une subvention de 50 000 $ à cet
égard.
Contre la violence
C'est la
recrudescence de la violence chez les jeunes qui a incité les
parents et les éducateurs de l'école Aux Quatre-Vents à recourir à
cette solution. La télévision, qui montre quotidiennement des scènes
de violence et des téléromans impliquant des scènes armées, est
perçue comme largement responsable de cet état de choses.
Le
directeur de l'école a aussi signalé que la dizaine de jours sans
télévision a permis aux jeunes de mieux socialiser et de développer
des valeurs de fraternité.
Il y a aussi le fait que le taux
d'activité des enfants a une influence directe sur le taux
d'obésité, dont les dernières données démontrent le taux dramatique
au Québec.
Céline Bilodeau, présidente du conseil
d'établissement de l'école Aux Quatre-Vents, a vanté «l'exploit
réalisé par toute la communauté de Saint-Malachie».
«L'initiative a été prise au sérieux par tout le monde. Elle
a été approuvée par l'Association des comités de parents de la
région Québec-Chaudière-Apalaches», a dit Mme Bilodeau.
Il
s'agissait d'une première québécoise qui s'est déroulée
simultanément à Saint-Malachie et dans une école primaire des
Laurentides, à Sainte-Agathe-des-Monts.
Saint-Malachie est
une petite municipalité rurale de 1350 habitants, située 70 km au
sud de Québec.